Femmes en VFX | Jaclyn Stauber

Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !

04.09.26

Inspirée par l'initiative mondiale « Women Who Lead », de la Visual Effects Society, notre série Femmes en VFX met en lumière les femmes remarquables qui évoluent au sein de nos équipes à travers le monde. Elle explore les différents parcours qu’elles ont empruntés, les défis qu’elles ont surmontés et les expériences qui ont façonné leur carrière.

Poursuivez votre lecture pour faire la connaissance de Jaclyn Stauber, FX TD !


Women in VFX - Jaclyn Stauber headshot


Parcours professionnel

Présentez-vous brièvement et partagez avec nos lecteurs une particularité que vous aimeriez leur faire découvrir à votre sujet.

Salut, je m’appelle Jaclyn et je travaille en FX, où je me spécialise dans la création de simulations comme la fumée, le feu, l’eau et la destruction, ainsi que d’effets plus abstraits ou magiques. J’ai deux enfants de moins de deux ans qui rendent mon quotidien aussi intense qu’imprévisible. Ils m’ont véritablement appris la patience et la capacité d’adaptation à un tout autre niveau - des qualités qui influencent également ma façon de travailler et de collaborer avec l’équipe.

En dehors du travail, j’aime parcourir l’arrière-pays canadien en moto hors route. C’est l’une des activités qui m’obligent à être pleinement dans le moment présent. On est tellement concentré sur le terrain et sur ce qui se trouve juste devant soi que tout le reste s’efface. C’est la meilleure façon de décrocher et de repartir à neuf.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers les VFX au départ, et à quel moment avez-vous décidé de vous lancer professionnellement dans ce domaine ?

En grandissant, j’ai toujours été profondément transportée par les films. Après avoir vu Jurassic Park, je voulais devenir paléontologue. Après Armageddon j’étais convaincue que je deviendrais astronaute — et/ou membre d’Aerosmith. L’un de mes films préférés de tous les temps, Awakenings, m’a même sérieusement fait envisager une carrière en médecine.

J’ai fini par comprendre que ce n’étaient pas les métiers eux-mêmes qui m’attiraient, mais plutôt ce que ces histoires me faisaient ressentir. Elles restaient avec moi bien au-delà du simple divertissement. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic, ce que je voulais vraiment, c’était contribuer à créer cette expérience pour les autres et participer à la création de quelque chose qui pourrait avoir le même effet sur eux. Cela dit, je serais prête à envisager une réorientation professionnelle si Aerosmith venait un jour à me contacter.

Pouvez-vous identifier un moment clé ou un événement qui a façonné votre parcours professionnel ?

L’une des premières étapes marquantes que j’ai eu la chance de franchir a été ma nomination à un prix VES dans la catégorie « Meilleures simulations d’effets dans un épisode, une publicité ou un projet en temps réel », pour mon travail sur Lost in Space. Cela a représenté un tournant majeur, m'apportant une immense confiance en moi et établissant le niveau de qualité que je souhaitais désormais viser dans mon travail.

Plus récemment, le fait d'accéder à mon premier poste de Lead FX s'est avéré tout aussi marquant. Cette expérience m’a amenée à ne plus me concentrer uniquement sur mes propres plans, mais à adopter une vision d’ensemble - soutenir une équipe et prendre des décisions en tenant compte du pipeline qui accompagne le travail du département FX.


Parcours Technique

Quelles sont les compétences techniques fondamentales qui se sont révélées essentielles dans votre rôle ?

Pour moi, les compétences techniques fondamentales reposent avant tout sur une solide compréhension des principes de base des différents types de simulations - qu’il s’agisse de pyrotechnie, de particules ou de fluides - ainsi que de la structure des réseaux dynamiques sous-jacents. Mais obtenir un bon résultat visuel ne suffit pas : il est tout aussi important de savoir diagnostiquer les problèmes au sein de ces systèmes et d’en assurer l’efficacité. L’optimisation constitue une part essentielle du travail : gérer la taille des caches, maintenir des configurations bien structurées et veiller à ce que tout fonctionne réellement en production sur l’ensemble d’une séquence de plans.

Je pense qu’une grande capacité à résoudre des problèmes est indispensable. Il faut constamment analyser les difficultés, procéder par itérations et trouver de meilleures façons d’obtenir le résultat souhaité. Au-delà de cela, une bonne compréhension de l’éclairage, du compositing et de la manière dont notre travail s’intègre à l’ensemble du pipeline fait également toute la différence.

Comment vos compétences techniques ont-elles évolué au fil de votre carrière ?

Au début de ma carrière, je me suis concentrée sur l’apprentissage des principes fondamentaux - comprendre le fonctionnement des différentes simulations, me familiariser avec Houdini et créer des effets crédibles.

Au fil de mon parcours, je suis passée de la simple exécution de configurations à leur conception. J’ai commencé à accorder davantage d’importance à leur efficacité et à leur simplification, ainsi qu’à leur optimisation, afin qu’elles demeurent faciles à utiliser par les artistes et permettent des itérations rapides - particulièrement lorsque les demandes de la production évoluent constamment. Mon travail repose désormais sur un équilibre entre réflexion technique, créative et stratégique.

Apprendre Python en parallèle de Houdini m’a véritablement aidée dans mon travail quotidien, de façon parfois discrète, mais significative. Je ne fais pas de développement de pipeline complexe, loin de là, mais le fait de pouvoir écrire des scripts et créer des outils simples pour moi-même - et parfois pour mon équipe - a fait une grande différence.

Une grande partie de ces avantages vient de l’automatisation des petites tâches. Qu’il s’agisse d’organiser des nœuds ou d’accélérer des étapes de configuration répétitives - ces petits outils permettent de gagner énormément de temps au cours d’un projet. Cela m’a également rendue plus polyvalente - lorsqu’une solution n’existe pas par défaut, je peux la créer moi-même. Ce changement de perspective m’a donné beaucoup d’autonomie.

Python fait partie de ces compétences qui améliorent discrètement tout ce que l’on fait.


Réflexions personnelles

Quelles difficultés ou erreurs vous ont le plus appris dans votre parcours professionnel, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?

Je pense que l’un des plus grands défis de ma carrière a été de trouver le juste équilibre entre créativité et précision. Au début, j’avais tendance à rechercher la perfection et à vouloir que tout soit irréprochable. Il m’arrivait de passer trop de temps à peaufiner de petits détails que la plupart des gens n’auraient même pas remarqués. Ce qui m’a aidée, c’est d’établir des priorités claires. Selon moi, l’équilibre consiste à maintenir des exigences élevées envers soi-même, tout en gardant une vue d’ensemble et en veillant à faire avancer le projet.

Les échéances m’ont également appris la discipline. Plutôt que de les considérer comme des contraintes, j’ai commencé à les voir comme une partie intégrante du processus créatif. Elles nous obligent à prendre des décisions et à maintenir notre élan. Il arrive un moment où continuer à apporter des ajustements n’améliore plus réellement le plan - cela ne fait qu’en retarder la livraison.

Et bien sûr, l’épuisement professionnel est une réalité dans ce domaine. Les longues heures de travail m’ont fait prendre conscience de l’importance de gérer mon énergie, de rester organisée et de savoir quand prendre du recul afin de revenir avec un regard plus clair.

Quelle expérience marquante a profondément transformé votre vision ou l’orientation de votre carrière ?

Après cinq ans dans la publicité, j’ai réalisé que j’étais épuisée de travailler sur des publicités auxquelles personne ne s’intéressait vraiment. Je voulais créer quelque chose qui ait du sens, quelque chose que les gens seraient réellement enthousiastes à l’idée de découvrir. J’ai donc fait un choix audacieux : j’ai tout quitté pour repartir de zéro. J’ai accepté un poste dans les VFX, déménagé dans une nouvelle ville avec seulement deux valises et accepté une importante baisse de salaire.

Cette décision a complètement transformé ma carrière et ma vie. Elle a déclenché un véritable effet domino : grâce aux amis que je me suis faits lors de ce premier emploi en VFX, j’ai quitté l’Allemagne pour Londres, puis me suis finalement installée à Vancouver au cours des années suivantes. J’ai ainsi travaillé dans différents studios de VFX tout en découvrant de nouveaux pays.

Cette expérience m’a appris à ne pas craindre les revers temporaires. Rester concentrée sur son objectif et être prête à prendre un nouveau départ peut complètement transformer son parcours.


En vedette

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre travail en FX, et quels sont les problèmes complexes que vous aimez particulièrement résoudre ?

Ce qui me passionne le plus dans le travail en FX, c’est qu’il se trouve précisément à la croisée de l’art et de la résolution de problèmes techniques. On ne cherche pas seulement à créer quelque chose d’impressionnant visuellement : il faut aussi trouver le moyen de le rendre à la fois crédible et dynamique.

Les problèmes complexes que je préfère résoudre sont ceux liés aux effets plus abstraits ou magiques, puisqu’il n’existe pas toujours de référence dans le monde réel à laquelle se conformer. Pour des éléments comme le feu ou la destruction, l’objectif est souvent le réalisme. Les effets magiques ou stylisés offrent toutefois beaucoup plus de liberté pour en définir soi-même l’apparence et le comportement. Cela présente un tout autre type de défi. On ne se demande plus seulement : « Est-ce physiquement réaliste ? », mais aussi : « Est-ce que cela fonctionne pour l’histoire ? » ou « L’énergie et le mouvement sont-ils appropriés ? »

J’aime ce processus d’expérimentation qui consiste à donner forme à quelque chose qui n’existe pas dans la réalité. Il me pousse à faire appel simultanément à ma créativité et à mes compétences techniques. Il faut toujours disposer d’un système sous-jacent solide pour rendre l’effet crédible, tout en en établissant les règles au fur et à mesure. Ce qui me passionne vraiment, c’est de trouver cet équilibre afin de créer un résultat qui paraît intentionnel et visuellement intéressant.

Comment abordez-vous la création de simulations qui soient à la fois réalistes sur le plan physique et axées sur l'artistique ?

Je commence généralement par ancrer la simulation dans une réalité physique crédible, en m'assurant que l'échelle, le timing et le comportement global paraissent naturels. Cela fournit une base à laquelle le public peut s'identifier intuitivement, même s'il ne sait pas exactement pourquoi.

À partir de là, je traite les simulations comme quelque chose que je peux guider, plutôt que de les laisser simplement tourner. J'ajoute des couches de contrôles, qu'il s'agisse de forces personnalisées, d'ajustements de timing ou de manipulation d'attributs, en poussant progressivement les éléments jusqu'à trouver le juste équilibre. Parfois, cela implique de savoir enfreindre un peu les règles, tant que l'ensemble reste convaincant.

Je pense que l’essentiel est de ne pas considérer l’exactitude physique et la direction artistique comme deux notions opposées. La physique apporte la crédibilité, et les choix artistiques donnent l'intention.

Quel est votre projet préféré parmi ceux sur lesquels vous avez travaillé, et pourquoi ?

L’un de mes projets préférés a été Kin. Grâce à l’équipe et à mon superviseur, ce fut l’expérience la plus fluide et la plus agréable de ma carrière. Les clients étaient deux jeunes réalisateurs qui signaient ensemble leur premier long métrage, en collaboration avec une société de production indépendante, et ils étaient très ouverts à mes propositions créatives.

J’ai eu l’occasion de travailler sur un effet d’hologramme abstrait composé de nombreux éléments superposés. Pouvoir expérimenter avec toutes ces couches et proposer mes propres idées a rendu le processus particulièrement stimulant et amusant.


Conseils à la relève

Quelles compétences se sont révélées plus importantes que vous ne l’aviez prévu dans votre travail quotidien ?

La confiance en soi est importante, mais pas au sens où il faudrait avoir toutes les réponses. Il s’agit plutôt d’avoir confiance en sa capacité à trouver des solutions. En FX, une grande partie de l’apprentissage se fait par essais et erreurs, et le fait d’être à l’aise avec ce processus permet de progresser plus rapidement.

J’ai également compris l’importance de miser sur le travail d’équipe et d’en tirer pleinement parti. Lorsqu’on se retrouve dans une impasse, demander des idées à ses collègues n’est pas un signe de faiblesse : cela fait partie intégrante du processus. La collaboration peut faire émerger des solutions auxquelles on n’aurait pas pensé seul et contribue souvent à améliorer considérablement le résultat final.

Quelle évolution technologique transforme actuellement le secteur des VFX et votre rôle ?

Des outils comme Solaris dans Houdini transforment progressivement le domaine des VFX, car ils nous permettent d’adopter une approche plus proche de celle des cinéastes - en créant des décors numériques complets et en intégrant l’éclairage et les effets au sein d’un même environnement. Solaris étend la nature procédurale de Houdini au-delà du département FX pour l’appliquer à l’ensemble du pipeline. Il s’agit d’une avancée extrêmement puissante, qui favorise une méthode de travail fluide et centralisée.

Par ailleurs, l’IA représente évidemment un changement majeur dans le domaine des VFX, mais j’ai choisi de ne pas la considérer comme une menace. Elle transforme déjà nos méthodes de travail - en accélérant les tâches répétitives, en nous permettant d’expérimenter plus rapidement et même en faisant naître de nouvelles idées créatives. J’aime penser qu’elle deviendra une nouvelle coéquipière plutôt qu’une adversaire. Si nous l’adoptons de manière réfléchie, l’IA pourrait permettre à l’industrie des VFX d’atteindre des niveaux de créativité et d’efficacité encore inégalés.


Women in VFX | Jaclyn Stauber - motorcycle pic

Merci, Jaclyn !