Femmes en VFX | Varnica Mathur
Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !
Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !
Inspirée par l'initiative mondiale « Women Who Lead », de la Visual Effects Society, notre série Femmes en VFX met en lumière les femmes remarquables qui évoluent au sein de nos équipes à travers le monde. Elle explore les différents parcours qu’elles ont empruntés, les défis qu’elles ont surmontés et les expériences qui ont façonné leur carrière.
Poursuivez votre lecture pour faire la connaissance de Varnica Mathur, Superviseure de la Composition !

Parlez-nous brièvement de vous et d’un aspect unique de votre parcours ou de votre personnalité que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs.
Salut, moi, c’est Varnica ! Je suis superviseure de la composition et je viens d’Inde. J’ai commencé ma carrière en 2008 comme artiste en rotoscopie. Depuis, j’ai gravi les échelons petit à petit, en passant de la rotoscopie à la préparation, puis à la composition, tout en gagnant de l’expérience en chemin. Mon métier occupe une grande partie de mon temps, mais dès que j’ai un moment de libre, j’aime passer du temps avec ma famille et mes chiens, lire et voyager, en Inde comme à l’étranger. Je ne voyage pas pour visiter les sites touristiques - je préfère observer les oiseaux et découvrir la nature, la culture et la cuisine des endroits que je visite !
Qu’est-ce qui vous a attirée vers les VFX au départ, et à quel moment avez-vous décidé de vous lancer professionnellement dans ce domaine ?
Je viens d’une famille de créatifs. Tous exercent des métiers plutôt traditionnels, mais la plupart pratiquent aussi une forme d’art pendant leur temps libre. Mon père, qui est médecin, s’amusait déjà à faire de l’animation 2D et à expérimenter avec 3ds Max quand j’étais à l’école primaire, à une époque où l’animation n’avait pas encore vraiment pris son essor en Inde. Je dirais que c’est là qu’est née ma curiosité. Les effets spéciaux des films d’Hollywood et, parfois, de Bollywood l’ont ensuite nourrie. Même si je connaissais encore peu les effets visuels avant le secondaire, ce domaine ne m’a jamais semblé étranger. Il m’a suffi de l’explorer davantage pour découvrir à quel point il me passionnait et, finalement, choisir cette voie.
Pouvez-vous nous parler d’une étape marquante ou d’un événement qui a façonné votre parcours professionnel ?
Rejoindre l’équipe de composition de DNEG en 2013 a été une étape déterminante dans mon parcours. Cette décision m’a menée vers d’autres moments marquants, notamment la chance de travailler à des postes de responsabilité sur plusieurs films récompensés aux Oscars, comme Blade Runner 2049, First Man, Dune et Dune : deuxième partie. Ces expériences m’ont beaucoup apporté, tant sur le plan personnel que professionnel !
Quelles sont les compétences techniques fondamentales qui se sont révélées essentielles dans votre rôle ?
Rester au fait des nouveautés du secteur et des logiciels, tout en développant régulièrement ses compétences, est essentiel. Mais en tant que superviseure de la composition, ce qui m’a surtout aidée à réussir, c’est de savoir planifier, m’adapter et revoir mes plans ! Qu’un projet soit bien planifié ou non, je dois être prête à faire face aux changements et aux imprévus, et prévoir des solutions de rechange. J’ai toujours un plan B sous la main !
Quels défis ou erreurs vous ont le plus appris dans votre parcours professionnel, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?
Travailler au département de la composition, qui intervient à la toute fin de la chaîne de production des effets visuels, présente des défis bien particuliers. Nous devons rassembler les éléments et les couches produits par tous les départements pour en faire un ensemble harmonieux, souvent dans des délais très serrés ! Les retards aux étapes précédentes viennent régulièrement compliquer notre calendrier. Cette réalité m’a appris à être plus patiente et plus résiliente. Aujourd’hui, je peux aborder les difficultés sous différents angles. Surtout, j’ai appris à lâcher prise et à mieux établir mes priorités. Quand les journées sont chargées et que tout va vite, je ressens parfois de la frustration et de l’anxiété parce que je manque de temps pour découvrir et essayer les nouveautés de notre chaîne de production et les nouvelles méthodes de travail. Heureusement, dès que je demande de l’aide, je peux compter sur mes collègues et les responsables de département. Leurs conseils et leur soutien sont précieux ! J’ai encore beaucoup à apprendre, mais grâce à cette équipe qui m’entoure, je sens que je progresse.
Quel a été le moment déterminant qui a profondément changé votre perspective ou votre parcours professionnel ?
Devenir superviseure a marqué un vrai tournant dans ma carrière. J’ai commencé à voir les projets autrement et à mieux comprendre tout ce qu’implique leur gestion. À chaque nouveau projet, j’apprends ce qui marche, ce qui marche moins et comment faire mieux la fois suivante. Aujourd’hui, je peux aussi aider les artistes de mon équipe à progresser et à rester sereins, même quand les choses se bousculent dans notre département. J’essaie d’organiser leur travail du mieux possible pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes !
Comment la composition a-t-elle évolué au cours de votre carrière ? Et quelles avancées ou compétences façonneront son avenir, selon vous ?
La composition a énormément évolué depuis le début de ma carrière. À mes débuts, l’équipe se concentrait surtout sur l’intégration des différents éléments pour créer une belle image. Aujourd’hui, les artistes en composition participent beaucoup plus tôt aux décisions créatives et techniques. L’arrivée des images à grande plage dynamique, de la composition en profondeur et d’environnements numériques toujours plus complexes a rendu notre travail beaucoup plus technique. Il faut maintenant bien comprendre l’éclairage, la couleur, la photographie et les processus de production. Les avancées de Nuke ont aussi grandement facilité la collaboration entre les départements. Je crois que l’IA aura une influence sur nos façons de travailler, mais je ne pense pas qu’elle remplacera les artistes en composition - porter un jugement artistique, comprendre l’histoire qu’on raconte et créer des images parfaitement intégrées qui suscitent une émotion resteront des compétences profondément humaines. Les artistes qui réussiront à l’avenir sauront allier de solides bases artistiques à la capacité de s’adapter aux nouvelles technologies. Comprendre les principes de l’image et de la narration visuelle restera essentiel, tandis que la maîtrise des outils assistés par l’IA, de l’automatisation, de la programmation de scripts et des méthodes de travail en temps réel prendra de plus en plus d’importance. Au fond, notre rôle continuera d’évoluer - il ne s’agira plus seulement d’assembler des images, mais aussi de résoudre des défis créatifs et de contribuer au résultat visuel final.
En tant que superviseure de la composition, comment apportez-vous votre touche créative tout en guidant votre équipe pour donner vie à la vision du réalisateur ?
En tant que superviseure de la composition, l’une de mes principales responsabilités est de concrétiser la vision des réalisateurs dans le respect des délais et du budget, tout en gardant l’équipe motivée. J’ai vite compris que le plus difficile, c’est de traduire les demandes créatives des réalisateurs et des superviseurs des effets visuels en indications utiles à mon équipe - les éléments à utiliser, la façon de les composer et les étapes à suivre. Une fois que tout le monde sait où l’on va, je peux, avec l’aide de mon chef d’équipe, préparer des gabarits, rassembler des références, travailler sur les plans clés, faire des essais d’étalonnage et chercher les éléments dont nous avons besoin. J’ai aussi appris à ne pas dicter aux artistes chaque détail d’un plan. Je préfère les faire participer à la recherche de solutions - il n’y a pas de mauvaises idées. Ça leur permet de s’approprier leur travail et d’être fiers du résultat quand il plaît au réalisateur ou au superviseur des effets visuels.
Quel est votre projet préféré parmi ceux sur lesquels vous avez travaillé, et pourquoi ?
De tous les projets sur lesquels j’ai travaillé, les films Dune comptent parmi mes projets préférés. La vision était claire dès le départ, et tout le travail accompli pendant le tournage se voit à l’écran. Les effets visuels y jouent le rôle qu’ils devraient jouer, ils soutiennent l’histoire et l’aident à prendre vie de façon aussi belle que réaliste. La plupart des scènes ont été tournées dans de vrais lieux, avec des décors et des éclairages réels. Les méthodes de travail sortaient aussi des sentiers battus, ce qui contribue au réalisme des effets visuels. Ça ne rendait pas notre travail plus facile, mais le résultat était d’autant plus gratifiant. Et les équipes sur ces films étaient formidables, c’était un plaisir de travailler avec elles.
Si vous pouviez revenir en arrière, quel conseil vous donneriez-vous ?
Ne t’en fais pas, tout va bien aller. N’aie pas peur de dire clairement ce que tu penses. Tu trouveras toujours quelqu’un pour te donner un coup de main. Saisis toutes les occasions d’apprendre, même quand ça concerne d’autres départements. Tout finit par servir !
Quelles compétences se sont révélées plus importantes au quotidien que vous ne l’auriez pensé ?
Bien communiquer. Faire preuve de patience même sous pression. Savoir gérer son équipe efficacement.
Quelle évolution technologique change en ce moment le monde des effets visuels et votre façon de travailler ?
J’ai hâte de voir comment l’IA va soutenir et faire évoluer notre industrie dans les années à venir. Elle nous aide déjà à accomplir certaines tâches répétitives, ce qui nous laisse plus de temps et de liberté pour créer.
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez transmettre à la prochaine génération de femmes dans l’industrie ?
Le département de la composition intervient à la fin de la chaîne de production, là où le travail a tendance à s’accumuler. Pour y réussir, il faut de la patience, du courage et faire certains sacrifices. Trouver un équilibre entre le travail et la vie personnelle est essentiel, même si, après toutes ces années, je cherche encore le mien. Je reste convaincue que tous ces efforts en vaudront la peine. Croyez en vos capacités, même avant d’avoir toutes les preuves pour vous rassurer. Ne laissez pas vos doutes parler plus fort que votre talent. Restez curieuses, continuez d’apprendre et n’ayez pas peur de prendre votre place. Cherchez des personnes qui pourront vous guider, soutenez les autres femmes et rappelez-vous que votre point de vue est une force. Vous n’avez pas à le mettre de côté ni à vous en excuser. Notre industrie a besoin de voix, d’idées et de leaders aux parcours variés. Votre contribution compte. À celles qui se lancent dans les effets visuels, ne vous laissez pas intimider si vous êtes la seule femme dans la pièce. Votre créativité, votre expertise technique et votre leadership y ont autant leur place que ceux des autres. Restez curieuses, faites confiance à votre regard et continuez de perfectionner votre savoir-faire. J’espère que vous aiderez à faire avancer les choses.