Femmes en VFX | Anelia Asparuhova
Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !
Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !
Inspirée par l'initiative mondiale « Women Who Lead », de la Visual Effects Society, notre série Femmes en VFX met en lumière les femmes remarquables qui évoluent au sein de nos équipes à travers le monde. Elle explore les différents parcours qu’elles ont empruntés, les défis qu’elles ont surmontés et les expériences qui ont façonné leur carrière.
Poursuivez votre lecture pour faire la connaissance de Anelia Asparuhova, Superviseure VFX !

Parlez-nous brièvement de vous et d’un aspect unique de votre parcours ou de votre personnalité que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs.
Je m’appelle Anelia, je viens de Bulgarie et je vis à Londres depuis 2007. Ça fait 25 ans que je travaille dans les effets visuels. J’ai toujours été créative, quand j’étais enfant, je dessinais partout dans mes cahiers d’école. J’ai aussi vite compris que j’aimais résoudre des problèmes et relever de nouveaux défis. Je crois que c’est ce mélange qui me plaît autant dans ce métier, même après toutes ces années.
Qu’est-ce qui vous a attirée vers les VFX au départ, et à quel moment avez-vous décidé de vous lancer professionnellement dans ce domaine ?
Tout a commencé un peu par hasard, grâce à mon frère. Il a toujours su qu’il voulait créer des jeux vidéo et, dès son plus jeune âge, il apprenait la 3D par lui-même à l’aide de livres de tutoriels. Le voir travailler a éveillé ma curiosité, alors j’ai décidé d’essayer à mon tour. À l’époque, j’étais à un tournant : je venais de tenter, sans succès, de tenir une boutique (j’ai vite compris que la vente n’était pas ma vocation !). J’ai donc passé une bonne partie de l’année chez moi à suivre des tutoriels et à apprendre 3ds Max par moi-même.
Je savais que je ne voulais pas travailler dans le jeu vidéo. Il me restait donc à choisir entre la publicité et le cinéma. J’avais toujours aimé le cinéma, alors mon cœur penchait de ce côté-là. Par un incroyable coup de chance, le premier studio américain d’effets visuels s’est installé en Bulgarie au moment où je commençais à chercher du travail. Il recrutait toute personne ayant des compétences en 3D, et c’est comme ça que j’ai fait mes débuts. On m’a engagée comme animatrice 3D, ce à quoi je ne m’attendais pas du tout, et ma toute première tâche a été d’animer un crocodile. J’ai été plongée dans le grand bain dès le départ, mais j’ai tout appris sur le tas. Ce projet a finalement posé les bases de toute ma carrière.
Pouvez-vous nous parler d’une étape marquante ou d’un événement qui a façonné votre parcours professionnel ?
J’ai toujours été ambitieuse. Dès que j’atteignais un objectif, je pensais déjà au prochain. Le déclic est venu quand je me suis installée au Royaume-Uni et que j’ai commencé à travailler dans le cinéma. Jusque-là, j’étais généraliste. Un studio m’avait même embauchée comme modélisatrice senior, mais j’avais de plus en plus envie de me tourner vers la supervision. À l’époque, la plupart des superviseurs CG avaient commencé en éclairage. J’ai donc changé de département, avec l’objectif de devenir superviseure à mon tour.
La première fois qu’on m’a proposé un poste de superviseure de l’éclairage, j’ai dit oui tout de suite. Puis je me suis assise à mon bureau, sous le choc, en me disant : « Mais qu’est-ce que je viens d’accepter ? » Je ne savais pas exactement ce qui m’attendait, mais j’ai vite appris. Ce saut dans l’inconnu a donné le ton au reste de ma carrière.
Quelles sont les compétences techniques fondamentales qui se sont révélées essentielles dans votre rôle ?
Je dis toujours que, pour bien faire ce métier, il faut être aussi créatif que technique. Certains artistes sont plus à l’aise avec l’un ou l’autre, mais on a vraiment besoin des deux. Du côté technique, il faut bien maîtriser ses logiciels : c’est ce qui permet de donner vie à ses idées. Quand on modélise un élément, qu’on l’éclaire ou qu’on crée ses textures, on a une image en tête du résultat souhaité. Le logiciel nous permet de concrétiser cette vision.
Il faut aussi comprendre comment les différentes étapes de la production s’articulent et où se situe notre travail dans l’ensemble. C’est d’autant plus important à mesure qu’on avance dans sa carrière.
Comment vos compétences techniques ont-elles évolué au fil de votre carrière ?
Quand on est artiste, on cherche surtout à maîtriser les logiciels et les techniques dont on a besoin pour sa partie du travail. Quand on passe à la supervision, les choses changent beaucoup. Il ne suffit plus de savoir utiliser les outils : il faut aussi évaluer les logiciels, explorer de nouvelles technologies et trouver des solutions adaptées aux besoins de chaque projet.
Aucun projet ne se ressemble. Chacun apporte ses défis et ses exigences. En supervision, il faut prendre du recul, voir comment l’ensemble de la production avance, repérer les obstacles techniques à venir et trouver des façons de les surmonter.
Quels défis ou erreurs vous ont le plus appris dans votre parcours professionnel, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?
La plus grande leçon pour moi a été d’apprendre à gérer le stress. Les effets visuels, c’est un milieu exigeant. Les projets sont complexes, les échéances serrées, et on a toujours envie de peaufiner davantage le résultat, même quand le temps et le budget ne le permettent pas. Au début de ma carrière, cette pression me dépassait parfois. Avec l’expérience, j’ai appris à garder mon calme, à ne pas paniquer et à me concentrer sur un plan d’action clair. Comme superviseure, je dois garder une vue d’ensemble, même quand certains détails semblent urgents. J’ai aussi appris à déléguer, ce qui ne vient pas naturellement à tout le monde. Ça demande de la pratique. Pour bien diriger une équipe, il faut lui faire confiance et savoir prendre du recul plutôt que de s’attarder à chaque petit détail.
Quel a été le moment déterminant qui a profondément changé votre perspective ou votre parcours professionnel ?
Il n’y a pas eu un grand moment décisif. Ma façon de voir les choses a changé petit à petit. Avec le temps, j’ai compris l’importance de gérer mon stress et de faire confiance au processus. On apprend que paniquer devant un projet n’aide personne. Ce qui aide, c’est de rester calme et concentrée, puis d’avancer méthodiquement dans ce qu’il y a à faire.
Comment conciliez-vous votre vision créative avec les contraintes techniques et les exigences de production d’un projet ?
Honnêtement, c’est un travail d’équipe. Comme superviseure des effets visuels, je ne peux pas tout faire seule, et ce n’est pas mon rôle. Je me concentre surtout sur la direction créative et je veille à ce que notre travail respecte la vision du réalisateur ou du client. Pour le reste, je m’appuie beaucoup sur les personnes qui m’entourent : le superviseur CG pour les questions techniques et le producteur pour les enjeux de production.
Mon rôle, c’est aussi de m’assurer que tout le monde avance dans la même direction. Je définis la vision créative, puis je travaille étroitement avec le superviseur CG et le producteur pour cerner les défis, organiser le travail en conséquence et trouver la meilleure façon d’avancer. Cet équilibre repose sur la collaboration et sur la confiance que j’accorde à l’expertise de chacun.
Que signifie pour vous être une leader dans le domaine des effets visuels, et comment soutenez-vous vos équipes ?
Pour moi, diriger une équipe, c’est lui donner une vision claire et un plan pour la concrétiser, tout en sachant s’adapter quand les choses ne se passent pas comme prévu. Mon rôle est de faire en sorte que chacun puisse travailler sans obstacle et dispose de ce dont il a besoin pour réussir.
Je tiens aussi à ce que les membres de mon équipe puissent vraiment s’approprier leur travail. Je les fais participer aux décisions et au processus créatif chaque fois que c’est possible. Dans les effets visuels, on a la chance de travailler avec des artistes passionnés et talentueux. Je trouve essentiel que chaque personne sur un projet sente qu’elle a réellement contribué au résultat final.
Quelles compétences, selon vous, seront les plus utiles au cours des dix prochaines années ?
Les compétences relationnelles, sans hésitation. Peu importe le métier qu’on choisit, savoir travailler avec les autres et bien communiquer est précieux, et je ne pense pas que ça changera.
Il faut aussi savoir s’adapter et garder sa curiosité. Dans les effets visuels, la technologie évolue très vite. Après 25 ans dans le métier, je peux dire qu’il a énormément changé. Chaque année apporte des nouveautés qui nous amènent à revoir notre façon de travailler. Il faut rester ouvert et continuer à apprendre pour évoluer avec le milieu.
Quel est votre projet préféré parmi ceux sur lesquels vous avez travaillé, et pourquoi ?
J’ai du mal à choisir un projet préféré, je m’attache à chacun de ceux sur lesquels je travaille. Chaque projet apporte ses propres défis, créatifs ou techniques, et c’est ce qui le rend unique. Ce que j’aime surtout - c’est de partir de rien, de voir le projet prendre forme, de résoudre les problèmes au fur et à mesure, puis de voir le résultat final. C’est tout ce cheminement qui me plaît, et je retrouve ce même plaisir à chaque nouveau projet.
Si vous pouviez revenir en arrière, quel conseil vous donneriez-vous ?
Ne te mets pas autant de pression. Au début de ta carrière, l’envie de faire tes preuves peut prendre toute la place. Mais si tu fais du bon travail, que tu gardes ton calme et que tu continues d’apprendre, les choses finissent généralement par se mettre en place. Fais confiance au processus et fais-toi confiance.
Quel état d’esprit peut aider les femmes à réussir ou à se démarquer dans les postes techniques en effets visuels ?
C’est peut-être contre-intuitif, mais je crois que le mieux est de ne pas trop se concentrer sur le fait d’être une femme. J’ai vu des gens se freiner eux-mêmes à force de se demander ce que les autres pensaient d’eux. Cette inquiétude se ressent. Ce qu’on remarque et ce qu’on apprécie, c’est la qualité du travail : faire de son mieux, relever les défis du projet et laisser son travail parler de lui-même.
De mon côté, je ne me suis jamais vraiment sentie freinée parce que je suis une femme. Je ne peux parler que de mon expérience, bien sûr - d’autres ont pu vivre les choses autrement. Pour moi, le plus important a été de mettre mon énergie dans mon métier plutôt que de m’inquiéter de l’image que je renvoie.
Quel impact espérez-vous que votre parcours ait sur la prochaine génération ?
Il y a encore beaucoup moins de femmes que d’hommes dans les effets visuels, surtout dans les postes techniques de haut niveau et en supervision. C’est pour ça que des entrevues comme celle-ci sont importantes - elles donnent plus de visibilité aux femmes qui travaillent dans le milieu. J’espère que ça encouragera d’autres femmes à suivre cette voie.
Si mon parcours peut montrer, ne serait-ce qu’un peu, qu’une femme peut devenir superviseure des effets visuels, j’en serai heureuse. Pour ma part, je n’ai jamais eu le sentiment d’être freinée parce que je suis une femme. Je n’ai pas obtenu tous les postes que je voulais, bien sûr, mais avec le recul, je pense surtout que certains ne me convenaient pas. J’aimerais que d’autres femmes voient ce que j’ai accompli et sachent que cette possibilité leur est aussi ouverte. Peu importe le poste qu’elles visent dans les effets visuels, elles peuvent y arriver.
Merci, Anelia !