Femmes en VFX | Bamboo Wang

Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !

14.09.26

Inspirée par l'initiative mondiale « Women Who Lead », de la Visual Effects Society, notre série Femmes en VFX met en lumière les femmes remarquables qui évoluent au sein de nos équipes à travers le monde. Elle explore les différents parcours qu’elles ont empruntés, les défis qu’elles ont surmontés et les expériences qui ont façonné leur carrière.

Poursuivez votre lecture pour faire la connaissance de Bamboo Wang, Superviseure des effets, DNEG Animation !


Women in VFX - Bamboo Wang headshot


Parcours Professionnel

Parlez-nous brièvement de vous et d’un aspect unique de votre parcours ou de votre personnalité que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs.

Bonjour, je m’appelle Bamboo ! Je suis superviseure FX chez DNEG Animation. Je viens de Chine, j’ai fait mes études supérieures à San Francisco, puis je me suis installée à Montréal en 2015 pour commencer ma carrière dans les effets spéciaux. Avant de me tourner vers l’animation, je travaillais comme artiste FX dans le domaine des effets visuels. J’adore l’animation ! J’aime aussi l’illustration et la cuisine.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers les VFX au départ, et à quel moment avez-vous décidé de vous lancer professionnellement dans ce domaine ?

Mon parcours a commencé avec ma passion dévorante pour les mangas. Dès l’âge de 10 ans, je dessinais partout dans mes manuels de mathématiques, d’histoire et de littérature, ce qui m’a valu beaucoup d’ennuis à l’école, car je ne voulais rien étudier. Tout ce que je voulais, c’était lire et regarder des mangas et des animés, et dessiner ! Puis, un jour, ma mère m’a demandé très sérieusement : « Veux-tu devenir artiste ? » Après cette conversation, j’ai intégré une école secondaire spécialisée en arts, puis j’ai étudié l’animation à l’université et les effets spéciaux aux cycles supérieurs. Je suis ensuite devenue artiste FX, puis lead FX, et aujourd’hui superviseure FX.

Pouvez-vous identifier un moment clé ou un événement qui a façonné votre parcours professionnel ?

Il y a eu plusieurs étapes marquantes dans mon parcours, alors il est difficile de n’en choisir qu’une ! Mais s’il le faut, je dirais ma promotion au poste de lead FX. À mon retour de congé de maternité, j’ai reçu dès mon premier jour la lettre m’annonçant ma promotion en tant que lead FX sur Nimona. C’était un projet exigeant, mais aussi extrêmement gratifiant. J’ai réussi à traverser cette période de travail intense tout en allaitant. Je me souviens que, lorsque j’étais enfant, ma mère m’avait confié qu’elle avait dû renoncer à certaines possibilités d’évolution professionnelle et à de meilleures occasions après ma naissance. Les femmes de ma famille qui m’ont précédée ont dû soit renoncer à des possibilités professionnelles pour élever leur famille, soit n’ont jamais eu la possibilité de faire carrière. Je suis heureuse de vivre à une époque et dans un environnement qui me permettent de réaliser pleinement mon potentiel sans avoir à choisir entre ma famille et ma carrière ni à faire de compromis !


Parcours Technique

Quelles sont les principales compétences techniques qui vous ont été indispensables dans votre rôle ?

Pour travailler en FX, il faut absolument maîtriser Houdini.

Comment vos compétences techniques ont-elles évolué au fil de votre carrière ?

Lorsque j’étais étudiante, je ne savais pas vraiment si je voulais me spécialiser en FX, en éclairage ou en animation… Ce qui m’intéressait surtout, c’était d’apprendre à utiliser Houdini. À l’époque, il n’y avait ni cours ni professeur pour nous l’enseigner. J’ai donc organisé un atelier Houdini destiné aux étudiants en FX. Depuis, je continue d’apprendre et d’évoluer dans mon métier. Chaque nouveau défi est pour moi une nouvelle occasion d’apprendre. Depuis mon arrivée chez DNEG Animation, et plus particulièrement depuis que j’occupe des postes de direction, j’ai aussi acquis une meilleure compréhension du travail des autres départements et du pipeline de production. C’est par la pratique que j’apprends le mieux. J’aime particulièrement résoudre des problèmes : chaque fois que je rencontre un obstacle, je cherche une solution et, au fil du processus, je développe naturellement mes compétences.


Réflexions personnelles

Quels défis ou erreurs vous ont le plus appris dans votre parcours professionnel, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?

Nous faisons tous des erreurs, et c’est ainsi que nous apprenons. Je suis une personne ambitieuse et j’ai beaucoup d’idées. Cependant, j’ai toujours eu du mal à les simplifier suffisamment pour pouvoir les concrétiser dans les délais impartis. Lorsque j’étais encore artiste junior, j’ai demandé à travailler sur une tâche plus complexe. Mon lead m’a alors confié la création d’une cascade. J’avais énormément d’idées et d’ambitions pour ce projet, mais elles dépassaient ce que je pouvais raisonnablement accomplir à l’époque. Je n’ai finalement pas réussi à terminer le setup à temps, et le superviseur a dû opter pour une autre solution créative - retirer complètement la cascade de l’environnement ! Je me suis sentie très mal, comme si j’avais échoué. Avec le recul, je sais que j’aurais dû faire part de mes limites plus tôt et me fixer un objectif plus réaliste, plutôt que d’essayer de faire mes preuves en allant au-delà de mon niveau d’expérience. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’au lieu de toujours chercher à dépasser les attentes, je devais aussi me laisser une certaine marge de manœuvre. Personne ne peut constamment repousser ses limites : à long terme, cela finit inévitablement par mener à l’épuisement professionnel. Quand je suis arrivée chez DNEG Animation, mon premier superviseur m’a expliqué que si, sur une journée de huit heures, j’effectuais six heures de travail productif, cela signifiait qu’il m’avait confié la bonne quantité de travail. Les deux heures restantes pouvaient servir à gérer des changements de dernière minute, ou simplement à prendre un peu de recul et à souffler. Aujourd’hui, en tant que superviseure, je garde toujours ses paroles à l’esprit. Avant de m’engager à respecter une échéance, je prends un moment pour me demander : ai-je prévu suffisamment de marge pour que mon équipe et moi puissions souffler ? Je cherche encore le juste équilibre, et je pense que rester attentive à mes limites et à celles des autres sera un apprentissage constant tout au long de ma carrière, autant pour moi que pour mon équipe !

Quel a été le moment déterminant qui a profondément changé votre perspective ou votre parcours professionnel ?

En 2017, je travaillais comme TD FX junior. Avec le recul, je me rends compte que j’étais probablement un peu déprimée à l’époque. Mais sur le moment, j’étais tellement concentrée sur mon travail et épuisée que je ne réalisais pas que quelque chose n’allait pas dans ma vie. Je travaillais énormément et mon contrat n’était renouvelé que pour quelques semaines à la fois. Toutes les deux semaines, je me demandais donc si j’allais encore avoir un emploi. À un moment donné, j’ai même dû demander une demi-journée de congé pour pouvoir faire ma lessive. J’avais peur que si je prenais une pause ou que je cessais de travailler, on ne renouvelle pas mon contrat ! Mon permis de travail avait déjà expiré, mais on m’avait dit que l’entreprise avait fait une demande de renouvellement et que je devais simplement attendre. Puis, un jour, on m’a convoquée dans un bureau pour m’annoncer qu’une erreur avait été commise dans mon dossier d’immigration. L’avocat avait fait une erreur dont je n’étais absolument pas responsable, mais dont j’ai dû subir toutes les conséquences. J’ai alors appris que je travaillais sans statut valide depuis six mois et que je devais quitter immédiatement mon poste et le Canada. J’étais arrivée au Canada sans amis ni famille. Toutes les personnes que je connaissais et tout ce que je possédais étaient liés à ma carrière, et tout m’a été enlevé du jour au lendemain pour une raison qui échappait complètement à mon contrôle. Je me souviens être sortie du bâtiment ce jour-là. Il faisait froid et il pleuvait. J’avais l’impression d’avoir perdu ma voie et mon avenir. Je me sentais perdue et impuissante. Finalement, ce moment a été le point le plus bas de mon parcours, et à partir de là, les choses n’ont fait que s’améliorer. Je pensais avoir tout perdu, mais j’ai compris que mes compétences, mon expérience et ma passion ne dépendaient ni d’une entreprise ni d’un poste. Mes connaissances et mon courage ont toujours été mes plus grandes forces, bien plus qu’un titre professionnel.

Sans cette malheureuse erreur d’immigration, je ne pense pas que j’aurais eu l’occasion de prendre du recul et de me retrouver. Je me serais probablement perdue davantage dans un environnement de travail toxique. Ce n’est qu’après mon départ que j’ai compris que le monde entier s’ouvrait à moi. On m’avait tellement fait douter de moi-même que je n’arrivais plus à voir ce qui existait au-delà de cet environnement. J’ai quitté le Canada en 2017, mais un an plus tard, j’ai reçu une offre d’une autre entreprise à Montréal. Je suis donc revenue et je suis restée. Cette fois-ci, j’ai appris à poser mes limites, à bâtir ma réputation et à faire entendre mon point de vue. Je garde toujours ceci en tête - j’ai déjà traversé des moments plus difficiles, et j’y ai survécu !


En vedette

Comment trouvez-vous un équilibre entre la vision créative et les contraintes techniques et de production d’un projet ?

Je pense que ma formation en 2D m’aide beaucoup sur le plan créatif. En général, lorsque je reçois un brief ou des commentaires, j’arrive facilement à visualiser le résultat dans ma tête. Si ce n’est pas le cas, je m’assure d’échanger avec les personnes concernées jusqu’à ce que la vision soit claire ! J’ai d’ailleurs remarqué quelque chose d’intéressant - chez Disney Animation, les artistes FX sont appelés « animateurs FX ». Je trouve que ce titre correspond mieux à leur rôle dans le domaine du long métrage d’animation. Je demande souvent aux artistes de commencer par une passe de « blocking FX » afin de définir et de valider le timing et le mouvement avant de se lancer dans les détails d’une simulation physiquement réaliste. Le fait d’emprunter ce concept de « blocking » à l’animation nous permet de confirmer la direction créative dès le début. Nous pouvons ainsi travailler plus efficacement et limiter les allers-retours. Je conseille également aux artistes de bien contrôler les différentes variables afin d’obtenir des résultats cohérents d’une version à l’autre.

Quelle est votre approche pour accompagner et encadrer des artistes FX ayant différents niveaux d’expérience ?

Mon approche repose avant tout sur la motivation et la confiance. Je m’assure que les attentes sont bien comprises, puis je laisse aux artistes la liberté d’explorer leur créativité. Je n’interviens davantage que s’ils en ressentent le besoin. À mon avis, les artistes FX comptent parmi les personnes les plus sincères et les plus passionnées. Ils cherchent naturellement à donner le meilleur d’eux-mêmes, et leur créativité réussit souvent à me surprendre. Lorsque j’accueille quelqu’un dans l’équipe, je commence généralement par lui demander quels types d’effets il préfère, ce sur quoi il aimerait travailler et quelles tâches l’intéressent moins. Une fois que je connais ses préférences, je fais de mon mieux pour en tenir compte, selon les ressources dont je dispose. J’ai remarqué que lorsque l’on confie la bonne tâche à la bonne personne, tout se met naturellement en place. Lorsqu’un artiste se sent inspiré, il a besoin de très peu d’encadrement, et sa créativité se reflète d’elle-même dans le résultat.

Pouvez-vous nous donner un exemple de défi FX particulièrement complexe que vous avez dû relever ?

Le monstre d’ombre de Nimona était un personnage entièrement créé en FX ! Il apparaissait dans près de 100 plans, dont plus de 20 plans principaux, répartis sur trois séquences clés. La création de ces effets présentait plusieurs défis. Tout d’abord, nous avions besoin d’un setup hautement procédural pour gérer un aussi grand nombre de plans. Ensuite, le personnage devait répondre à des exigences très précises en matière de performance, ce qui nécessitait un rig extrêmement facile à orienter sur le plan artistique. Cette créature étant au cœur de l’émotion du film, elle jouait un rôle essentiel.

L’automatisation et la précision artistique se trouvent généralement aux deux extrémités du spectre, mais pour cet effet, nous devions pousser les deux au maximum. Grâce au soutien d’excellents superviseurs, qui ont défini la vision stratégique, et d’une équipe d’artistes exceptionnellement talentueux, qui ont proposé des solutions créatives, j’ai dirigé l’équipe FX afin d’assurer un workflow cohérent entre trois sites de production.

À seulement trois mois de l’échéance, nous avons reçu de nouvelles directives concernant les contours de la créature. Le monstre était fait d’ombre, et des volutes de fumée apparaissaient et se dissipaient constamment autour de son corps. Le réalisateur souhaitait toutefois que ses contours restent nets et précis. Par exemple, un léger changement dans la direction de son regard pouvait faire passer son émotion de la tristesse à la fatigue. Lorsqu’elle était épuisée, de petites particules devaient aussi se détacher et s’effriter de son corps pendant qu’elle marchait. L’un de nos artistes seniors a conçu un système qui nous permettait de contrôler les endroits où les contours de l’ombre devaient apparaître ou disparaître. J’ai ensuite intégré ce setup au rig principal avant de le déployer auprès de toute l’équipe.

Cette expérience m’a appris que l’une des clés des FX en long métrage d’animation consiste à trouver le juste équilibre entre le contrôle artistique, la génération procédurale et l’automatisation.

Quel est votre projet préféré parmi ceux sur lesquels vous avez travaillé, et pourquoi ?

J’ai particulièrement aimé travailler sur un projet qui sortira prochainement. J’adore la franchise dont il est tiré et j’ai senti que je comprenais très bien les attentes du client. L’univers possède une identité visuelle très précise, mais le réalisateur souhaitait la pousser encore plus loin tout en conservant des FX physiquement crédibles. J’ai adoré relever ce défi et j’ai eu la chance de travailler avec une équipe formidable. Elle réunissait aussi bien des artistes seniors ayant plus de 20 ans d’expérience que des artistes juniors tout juste diplômés. Malgré ces différents niveaux d’expérience, nous avons très bien travaillé ensemble et la communication était extrêmement fluide ! Mon superviseur VFX avait auparavant été mon responsable FX. Nous avions donc déjà établi une relation de confiance, ce qui a facilité les échanges entre mon équipe, mon superviseur et le client. J’ai très hâte que le projet sorte pour que tout le monde puisse enfin découvrir notre travail et partager la fierté que je ressens aujourd’hui !


Conseils à la relève

Si vous pouviez revenir en arrière, quel conseil vous donneriez-vous ?

Je lui dirais de ne pas être aussi dure envers elle-même, d’être plus fière de son parcours et d’avoir davantage confiance en elle !

Quel état d’esprit peut aider les femmes à réussir ou à se démarquer dans les postes techniques en effets visuels ?

J’ai parfois du mal à avoir confiance en moi. Si c’est aussi votre cas, voici ce que j’ai appris à faire : au lieu d’essayer « d’avoir plus confiance en moi », je me dis simplement : « Aie le courage de [faire quelque chose] ». Par exemple : « Aie le courage de prendre la parole » ou « Aie le courage de faire cette demande ». J’ai l’impression que, pour avoir confiance en soi, il faut d’abord avoir la preuve de ses capacités. J’ai parfois du mal à reconnaître mes propres compétences, même si je sais que je ne devrais pas en douter. Le courage, en revanche, ne m’oblige pas à me sentir suffisamment compétente avant d’agir. Cette façon de penser m’a permis de faire plus facilement le premier pas et de passer à l’action. À force d’oser et de pratiquer, ma confiance en moi s’est construite naturellement.

Quelles compétences se sont avérées plus importantes que prévu au quotidien ?

La gestion du temps. En tant qu’artistes, nous accordons beaucoup d’importance au développement de nos compétences créatives et techniques, mais nous avons tendance à sous-estimer la gestion du temps, alors qu’elle est essentielle.

Merci, Bamboo !