Femmes en VFX | Francesca Galluzzi
Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !
Rencontrez les femmes qui inspirent l'avenir de notre industrie !
Inspirée par l'initiative mondiale « Women Who Lead », de la Visual Effects Society, notre série Femmes en VFX met en lumière les femmes remarquables qui évoluent au sein de nos équipes à travers le monde. Elle explore les différents parcours qu’elles ont empruntés, les défis qu’elles ont surmontés et les expériences qui ont façonné leur carrière.
Poursuivez votre lecture pour faire la connaissance de Francesca Galluzzi, Superviseure de Pipeline, DNEG Animation !

Parlez-nous brièvement de vous et d’un aspect unique de votre parcours ou de votre personnalité que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs.
Bonjour ! Je m’appelle Francesca, mais tout le monde m’appelle Fran. Je travaille chez DNEG Animation depuis huit ans et demi, dont quatre ans en tant que superviseure du pipeline ! Mon rêve dans la vie est de devenir une « folle aux chats ». D’ailleurs, petite anecdote amusante : les trois projets que j’ai supervisés jusqu’à présent mettent en scène des chats (ou des personnages qui s’en rapprochent) au cœur de leur histoire. Une coïncidence ?
Qu’est-ce qui vous a attirée vers les VFX au départ, et à quel moment avez-vous décidé de vous lancer professionnellement dans ce domaine ?
Je ne saurais pas déterminer le moment précis où j’ai pris cette décision. Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai grandi en regardant des films Disney et des rediffusions de séries animées japonaises à la télévision. Puis, petit à petit, j’ai compris que je ne voulais plus me contenter de les regarder. Vers la fin du secondaire, lorsqu’il faut commencer à réfléchir sérieusement au métier que l’on souhaite exercer plus tard, je me suis dit : « De nos jours, l’animation se fait sur ordinateur, non ? Eh bien, il faut bien que quelqu’un configure tous ces ordinateurs ! » C’est ainsi qu’a commencé mon parcours vers une carrière technologique dans le domaine de l’animation.
Pouvez-vous identifier un moment clé ou un événement qui a façonné votre parcours professionnel ?
Pour moi, le véritable tournant s’est produit à la fin de mes études de premier cycle. Jusque-là, travailler dans le domaine de l’animation n’était qu’un rêve que je gardais dans un coin de ma tête, tandis que je cherchais surtout à acquérir des bases suffisamment solides pour avoir un « plan B ». C’est lorsque j’ai enfin décidé de me concentrer sur mon « plan A » que les choses ont commencé à évoluer dans la bonne direction. Ce choix m’a finalement amenée à rejoindre DNEG à seulement 24 ans, une réussite dont je suis très fière !
Quelles sont les principales compétences techniques qui vous ont été indispensables dans votre rôle ?
Une solide maîtrise de Python est la compétence essentielle numéro un, puisque 90 % d’un pipeline d’animation repose sur ce langage. Il est important de savoir écrire du code efficace qui respecte les normes les plus récentes, mais aussi de pouvoir naviguer dans du code existant afin d’en assurer le débogage et la maintenance. Ensuite, une bonne connaissance des principes du génie logiciel est très utile pour concevoir de nouvelles solutions complexes et sur mesure. Enfin, il est essentiel de bien connaître les outils et les méthodes de travail des artistes, de comprendre les aspects qui leur posent problème ainsi que ceux qui fonctionnent efficacement, puisque notre rôle consiste avant tout à leur permettre de se concentrer sur leur art plutôt que de devoir composer avec les contraintes technologiques.
Comment vos compétences techniques ont-elles évolué au fil de votre carrière ?
Au-delà de l’amélioration évidente de mes compétences en programmation, ce qui m’a réellement permis de progresser dans ma carrière, c’est ma capacité à saisir toute la complexité de notre pipeline et à anticiper les points de friction susceptibles de survenir. Ce qui est assez paradoxal lorsqu’on travaille dans le pipeline, c’est que plus on gagne en expérience, plus notre travail consiste à adopter une vision d’ensemble et à comprendre la circulation des données, plutôt qu’à nous concentrer sur des lignes de code précises.
Quels défis ou erreurs vous ont le plus appris dans votre parcours professionnel, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?
La toute première production que j’ai supervisée (The Garfield Movie) a véritablement mis à l’épreuve toutes les connaissances que j’avais acquises jusque-là en matière de pipeline. J’ai également dû apprendre à jongler avec les nouvelles responsabilités de gestion liées au rôle de superviseure, une liste toujours plus longue de demandes et de priorités provenant de la production, ainsi qu’avec les exigences du studio en matière de croissance et d’amélioration. Pour réussir dans ce rôle, il a été essentiel de mettre en place des méthodes de gestion du temps et d’organisation des tâches adaptées à mes besoins.
Quel a été le moment déterminant qui a profondément changé votre perspective ou votre parcours professionnel ?
Malheureusement, dans la foulée des confinements liés à la COVID-19, l’ensemble de l’industrie du cinéma a connu une période difficile. J’ai alors dû me demander si je souhaitais changer de voie ou traverser cette période d’incertitude en attendant des jours meilleurs. Cette réflexion m’a permis de réaffirmer que c’est véritablement par passion que je travaille dans le domaine de l’animation et que celui-ci représente ma plus grande source de satisfaction professionnelle.
Quels principes guident vos décisions lors de la conception ou de la restructuration d’un pipeline ?
Je commence par cerner les principales difficultés auxquelles les artistes sont confrontés et par envisager la solution qui répondrait le mieux à leurs besoins. J’examine ensuite les possibilités offertes par les technologies les plus récentes de l’industrie, puis je tiens compte des ressources humaines et financières à notre disposition afin de trouver la solution qui concilie au mieux l’ensemble de ces critères.
Comment conciliez-vous le développement à long terme du pipeline avec les besoins immédiats de la production ?
Tout d’abord, j’établis un ordre de priorité parmi les tâches provenant de la production, notamment en déterminant s’il existe une solution de contournement ou si le problème bloque complètement l’avancement du projet. Une fois les problèmes urgents résolus, j’évalue le rapport entre les bénéfices attendus et les efforts nécessaires, afin de déterminer si les avantages liés au traitement d’une demande justifient réellement les ressources à y consacrer.
Cette évaluation tient également compte des plans à long terme afin d’éviter tout travail en double. Par exemple, il n’est pas toujours pertinent de répondre à un besoin immédiat par une solution entièrement aboutie lorsqu’un projet de développement déjà prévu répondra à cette demande, ainsi qu’à d’autres besoins. Dans ce type de situation, je privilégie des solutions plus modestes, mais suffisamment efficaces pour gagner du temps jusqu’à la mise en œuvre des plans à long terme.
Comment faites-vous pour favoriser une collaboration solide entre les équipes du pipeline et de la production ?
Lorsque je me joins à une production, ma première démarche consiste à prendre contact avec l’équipe de direction du projet et à organiser quelques appels Zoom afin de lui faire savoir que je suis là pour l’accompagner. D’après mon expérience, plus les équipes de production constatent ma présence et mon implication au quotidien, plus elles se sentent à l’aise de faire appel à moi lorsqu’elles ont besoin de soutien. L’essentiel est de créer un lien de proximité afin que je devienne leur premier point de contact dès qu’une difficulté liée au pipeline se présente.
Quel est votre projet préféré parmi ceux sur lesquels vous avez travaillé, et pourquoi ?
Ouch, c’est un peu comme choisir son enfant préféré ! Tous les projets auxquels j’ai participé ont une valeur sentimentale à mes yeux, car chacun représente une étape différente de mon parcours professionnel. Sur le plan personnel, l’histoire de Nimona me touche particulièrement et je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de travailler comme directrice technique sur cette production.
Quel état d’esprit peut aider les femmes à réussir ou à se démarquer dans les postes techniques en effets visuels ?
Si une occasion vous est offerte, c’est parce que vous la méritez. Ne pensez jamais le contraire ! En réalité, je crois que ce conseil s’applique à tous les métiers.
Qu’avez-vous le plus hâte de voir évoluer dans le domaine de l’animation ?
C’est très encourageant de voir les artistes se mobiliser pour préserver leur vision artistique et faire en sorte que l’animation demeure le reflet de l’expérience et des émotions humaines. Je suis curieuse de voir comment cet art évoluera sans perdre de vue ces valeurs fondamentales.
Qu’aimeriez-vous partager avec la prochaine génération de femmes dans l’industrie ?
Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre une chose que j’aimerais transmettre aux jeunes générations : nous sommes souvent les premières à croire que nous ne sommes « pas assez compétentes » pour exercer un métier en particulier. Essayez de vous libérer de cette barrière mentale le plus tôt possible. Vous constaterez alors que nous sommes avant tout des êtres humains, que le genre ne détermine pas nos capacités et que nous possédons tous des forces et des faiblesses différentes. Cette liberté de pensée vous guidera tout au long de votre carrière, même si vous rencontrez encore des milieux réfractaires à cette idée.
Merci, Francesca !